le merle chroniqueur

Ces textes sont comme autant de petites notes, de petits billets. Des récits comme ceux-ci, on en a tous plein les poches, plein la tête. Ô, ça ne raconte pas de grandes aventures. Non. Je me suis attaché à consigner les choses les plus familières. Tout ce qui, dans ma vie, me dit « tu ». Longtemps, je me suis rêvé comme un adepte du vouvoiement, déchiffreur des mystères de la vie, un homme des sommets. Mais j’ai fini par comprendre que ce n’était pas mon chemin. Que j’étais un fidèle des petites émotions quotidiennes. Mes balades ont pu m’emmener très loin, par les sentiers d’ici. J’y ai découvert un royaume dont j’étais le sujet. Avec beaucoup d’autres. Des femmes et des hommes que je connaissais. Ou que je ne connaissais pas. Peu importe. Seuls comptaient pour moi ces instants, ces éclaircies ou quelque chose d’humain, de bienveillant, transparaissait. Quelque chose qui me chuchotait que malgré tout, malgré la souffrance, la tristesse, la dureté de la vie, une source de joie était juste là. A portée de main. Une source que chacun de nous alimente. Tout simplement.

Un petit royaume qui passe de plus en plus inaperçu aux yeux de beaucoup. Bien que beaucoup regrettent une époque où, paraît-il, nous étions plus réceptifs aux petites pépites du quotidien. Alors qu’aujourd’hui (quel aujourd’hui ?...) la plupart des avancées technologiques nous coupent souvent de la relation nourricière aux êtres et aux choses. Et nous isolent de plus en plus. Dans ce regret, je vois un grand signe d’espoir. Nous serions donc bien plus nombreux qu’on ne veut le croire à défendre le royaume du quotidien, le royaume familier. En avoir la nostalgie, c’est encore, d’une certaine manière, le soutenir.

Un petit royaume inutile et fragile, mais nécessaire, comme tout ce qui est menacé, tout ce qui est essentiel pour qui a le courage d’avouer qu’il ne saurait vivre sans. Un petit royaume qui ne figure sur aucune carte, qui ne défend aucune frontière, qui n’opprime personne, dans lequel on n'exerce aucun pouvoir, que personne ne peut envahir. N’allez pas en rechercher le sens dans le moule formel de l’usage en espérant peut-être qu’une définition vous éclairera. Vous n’y trouverez que des coquilles creuses. Vous le trouverez peut-être du côté des noms communs, du côté des mots que vous aimez. Au cœur des choses les plus familières et les plus quotidiennes.

Certains sentent parfois un irrépressible besoin d’en parler. Comme le merle de chanter.